Les bons mots de la médiation – 1

0
33

J’avais d’abord découvert la médiation « familiale » par la personne d’une médiatrice il y a plusieurs années, dans le Nord de la France. Comme « cliente ». J’en avais été, je le confie ici, très déçue.

Quelques années plus tard, je m’étais rendue à Montpellier, au Centre-Parents-Enfants Médiation créée en 1989, une association Loi 1901 reconnue Action Sociale d’intérêt Général en 2008.

J’étais toujours très dubitative sur ce qui s’appelait aussi ici « médiation » ; toutefois, une nuance déjà se faisait sentir : sur la porte du Centre PEM, la plaque précisait Médiation au service de la famille.

Ainsi, ici la pratique de  médiation, se déclinait au service de. 

Cette pratique était annoncée comme médiation parentale, familiale et globale. dans une approche analytique et systémique.

L’exigence de précision sémantique s’y était très vite imposée comme une éthique.

La distinction d’entre une chose relevant de la croyance ou démontrable rationnellement, factuellement, incitait au doute et à la remise en question.

Nous étions invités dans cette association, à rechercher constamment grâce aux dictionnaires, livres ou en ligne, à questionner l’étymologie des mots que nous employions et dont nous croyions alors maîtriser le sens. Nous questionnions aussi le grec, le latin, l’hébreu !

Il n’était pas question de former des personnes à devenir des « érudits », mais à se garder passionnés par le principe de la recherche et la réflexion.

Ainsi, après des années de recherches comme femme et mère de famille dans l’intérêt des miens, après avoir sollicité les systèmes policiers, sociaux, juridiques qui m’avaient révélé leurs limites dans leur méconnaissance de ce qui fait la dégradation des relations entre les personnes et les moyens d’y remédier sans rien minimiser, éluder ou interpréter des souffrances humaines, c’était bien la médiation qui ouvrait le chemin vers des solutions différentes de celles qui existaient déjà et s’étaient révélées inadaptées à la résolution des problématiques rencontrées.

Après avoir été  stagiaire volontaire, puis accompagnatrice en médiation dans ce Centre, et puisque le directeur avait ensuite pris sa retraite, j’ai décidé de poursuivre mon engagement en rejoignant l’EPMN.

J’ai retrouvé cette même exigence au service des personnes et de la relation, pendant ma formation au métier de Médiateure Professionnelle à l’EPMN.

La première question qui m’y fut posée : C’est quoi pour vous, la médiation ? »

Ma réponse avait été : Permettre aux personnes en les accompagnant à trouver par elles-mêmes, leurs solutions pour mettre fin à un conflit.

En prenant connaissance du rapport du CNM 2023, j’ai découvert cette phrase qui a particulièrement retenu mon attention :

Page 6 : Le recours à la médiation familiale en présence de violences intrafamiliales est exclu. Cette exclusion demeure même lorsque les violences sont anciennes que ce soit à la demande d’un

ou des deux membres du couple.

Je remercie d’abord la personne qui a partagé ici son point du vue, cela invite ainsi à la réflexion et à l’approfondissement de son propos. 

Il y est question de « médiation familiale ». Il serait intéressant de savoir si c’est ici une référence à la formation des médiateurs dits familiaux formés au DEMF, DU, autre…

La pluralité, diversité des différents courants de médiation a bien été mentionnée dans le rapport.

Aussi, il semble délicat de mentionner la médiation familiale sans autre précision, ceci afin que nous puissions ensemble réfléchir à la suite du propos. 

Car s’il est question d’un médiateur qui fait là une référence implicite à la formation qu’il a suivi et qui ne lui permet pas à ce jour, faute d’outils adaptés, de pouvoir être médiateur dans ce type de situation (entretiens individuels, réunions…), il n’est pas à « exclure » que :

– des médiateurs professionnels formés à l’EPMN se sachent légitimes par leur formation à pouvoir mettre leur expertise au service des personnes qui les solliciteraient ;

– Du point de vue de notre éthique et de notre déontologie, avec le CODEOME la médiation professionnelle généraliste est au service de tous sans aucune discrimination ; il appartient aux personnes de pouvoir solliciter un Médiateur Professionnel, lequel saura engager un processus, orienter vers un confrère de son réseau professionnel, avec la CPMN, ceci afin de répondre  à notre obligation déontologique de fournir des moyens à la résolution du conflit aux personnes.

La médiation en présence de violences intrafamiliales.

La médiation en présence interroge.

La médiation n’est pas une personne, nous le savons. Peut-elle se trouver en présence de.

Les violences intrafamiliales, le terme reste ici très général, un terme « valise », comme il se dit.

Hors contextualisation, il ne nous reste que nos réactions émotionnelles pour réagir cette appellation.

Chaque situation familiale est marquée par son propre contexte, série d’évènements, et tirer une généralité et un postulat d’abstention professionnelle priveraient ainsi la « famille » d’une réflexion qui pourrait faire progresser et évoluer son histoire selon sa ou ses attentes, en nommant aussi ces évènements.

Le Médiateur Professionnel assiste les personnes justement à structurer leur réflexion sans participer à la cristallisation du ou de la série des conflits.

Cette exclusion demeure même lorsque les violences sont anciennes que ce soit à la demande d’un

ou des deux membres du couple.

Dans cette phrase étaient d’abord évoquées des violences intrafamiliales, puis « un ou l’autre membre du couple ».

Ainsi, est-il question de violences intrafamiliales (à définir) ou «violences conjugales » ?

Pourrions-nous réfléchir ensemble sur cette notion de conjugalité dans la violence ? Le cnrtl nous indique :

Relatif aux liens qui unissent les époux au regard de la loi ou même de la religion

Si elles sont conjugales, s’agit-il de violences faites en lien, cela définit-il la qualité du lien, son état ? De quoi parlons-nous en fait ? Si un membre du couple donc, un homme, une femme…souhaite revenir sur des faits de violences commis anciennement, le médiateur devrait refuser cet entretien, comme s’il s’agissait…d’un tabou ?

Qu’est-ce que sont des violences conjugales anciennes ? Anciennes pour qui ? Le médiateur ? Quelle durée ?

Il me semble que nous pouvons continuer, quel que soit le courant de médiation auquel nous appartenons, de faire socle commun autour ce qui suit :

– Nous garder de nos propres émotions qui peuvent nous inciter à utiliser des termes « partisans », qui parlent davantage de vision intrinsèque du monde, en des termes qui pourraient influencer les publics qui sollicitent la médiation (« Les opprimés, les déchirés, les querelleurs… ») pour parler d’abord d’hommes, de femmes, de personnes.

Ainsi que l’évoquait Jean-Louis Lascoux, Président de l’EPMN et Médiateur Professionnel  dans cette vidéo parue sur la chaîne Hebdo de la médiation le 26 mars 2025 :

S’il y a bien un domaine où le médiateur est utile, incontournable, c’est dans une situation ou justement la parole a échoué entre les personnes, et où la violence, qui est aussi peut-être parfois, cette tentative de mettre fin à un conflit d’une manière que notre système, par le biais des institutions  policières, juridiques et juridicisantes réprouve et condamne.

Les Médiateurs Professionnels, forts de la qualité de leur formation à leur métier comme des divers apprentissages régulièrement actualisés qui constituent la garantie d’une formation continue se savent compétents pour avancer sur ces problématiques.

La formation à l’Ingénierie Systémique Relationnelle, est aussi un outil d’anticipation pertinent parce qu’il nous apprend à réfléchir non pas la relation en terme de risque, mais en terme de potentiel.

Si la formation continue existe pour les professionnels en France, les hommes, les femmes, les enfants devraient pouvoir aussi continuer d’apprendre à cultiver des relations de qualités en identifiant les invariants de la dégradation et de la qualité de la relation entre les personnes grâce aux qualités de pédagogues des formateurs en Ingénierie Systémique Relationnelle®.

La Médiation Professionnelle constitue une opportunité pour les personnes confrontées à des situations inextricables en apparence ; si le système judiciaire appelle régulièrement par ses différentes personnalités emblématiques et représentatives à « désengorger » les tribunaux (les tribunaux auraient une gorge 😀 ?  » ; les personnes concernées et impliquées sont souvent à la recherche de solutions logiques et rationnelles, promues par des Médiateurs Professionnels qui sont formés à la reconnaissance de la singularité de leur situation, la légitimité de leur recherche de solutions, et qui s’abstiennent relativement à leur déontologie de tout propos moralisant pour se consacrer uniquement à ce qu’elles traversent.

Ainsi, ce n’est pas « la médiation », qui a permis à ma famille de trouver ses solutions, mais une pratique exigeante de la médiation qui a été mise à notre service pour favoriser notre entière implication et participation dans la résolution du conflit.

Je suis heureuse de partager ici avec vous ma détermination à poursuivre mon engagement à promouvoir au moyen des outils d’anticipation et de résolution des conflits portés par la Médiation Professionnelle et son réseau international, ce nouveau paradigme de l’Entente Interpersonnelle et Entente Sociale.

Ma participation dans l’Association Parents-Enfants-Médiation m’a permis d’écouter de nombreux hommes et femmes, confier ce qu’ils n’avaient pas le temps ou la possibilité de raconter aux auxiliaires de justice, magistrats, assistants sociaux, dont ils espéraient pourtant que ceux-ci puissent être le réceptacle de leurs souffrances et espérances.

Car, ainsi que le disait Alain Bouthier, Directeur et Médiateur du Centre PEM : « Le médiateur est un ni ni » entendez, ni magistrat, ni avocat, ni psychologue… Ce praticien commençait ainsi souvent par se présenter par ce qu’il ne faisait pas, n’exerçait pas, pour permettre aux personnes d’identifier cette alternative toute neuve qui s’ouvrait devant eux : la médiation, une solution « autre » : la leur.

L’approche systémique nous permettait d’écouter dans leurs récits les corrélations et les impacts entre le rythme des procédures, la vie professionnelle, familiale, conjugale, parentale…

Je me tiens à votre disposition pour toute question en lien avec mon expérience dans cette structure qui servirait la recherche sur le traitement par la médiation relativement aux violences exprimées dans notre société, révélatrices d’un immense besoin d’apprendre et de transmettre et découvrir nos outils pédagogiques comme notre potentiel à être des créateurs de qualité relationnelle au service de l’Entente Sociale.

Julie Bouthier

Médiateure Professionnelle

Formatrice en Ingénierie Systémique Relationnelle ®

Présidente de l’Association Parents-Enfants-Médiation

https://webmediation.fr/ecriture-et-convivance
https://www.youtube.com/@PARENTS-ENFANTS-MEDIATION/videos

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici